CERSC


Colloque étudiant sur la recherche en sciences criminelles

Le rôle de la science dans le développement de meilleures pratiques professionnelles, que doit-on retenir du programme de détection de comportements suspects SPOT ?

Vincent Denault

Résumé de la conférence:

À la suite des attaques du 11 septembre 2001, le Transportation Security Administration (TSA) du Department of Homeland Security (DHS) des États-Unis a mis en place le Screening of Passengers by Observation Techniques (SPOT), un programme de détection de comportements suspects dans les aéroports américains. Toutefois, en 2010, le Government Accountability Office (GAO) – une organisation similaire au Bureau du vérificateur général du Canada – a recommandé que soit évalué le fondement scientifique du programme. Près de 3000 agents ayant pour fonction d’identifier des individus, principalement sur la base de comportements non verbaux, pouvant représenter un danger étaient alors déployés dans 161 des 457 aéroports réglementés par le TSA (Government Accountability Office, 2010; Winter & Currier, 2015). Trois ans plus tard, étant donné une absence de preuve scientifique, le GAO recommandait de limiter le financement du programme SPOT jusqu’à ce que son fondement scientifique soit démontré (Government Accountability Office, 2013). Finalement, en 2017, le GAO concluait que 175 des 178 (98%) sources offertes par le TSA ne démontraient pas le fondement scientifique du programme (Government Accountability Office, 2017). Le programme SPOT offrait-il davantage de sécurité, ou n’offrait-il qu’un plus grand sentiment de sécurité ? En réponse à cette conclusion, le DHS a notamment invoqué le bon sens et des preuves anecdotique pour justifier l’importance du programme, dont le coût, doit-on le rappeler, a été estimé à 1.5 milliards de dollars de 2007 à 2015 (Government Accountability Office, 2017; Department of Homeland Security, 2016).

Une telle situation, où des pratiques professionnelles sont basées sur des connaissances n’ayant fait l’objet d’aucune validation scientifique, n’est pas unique aux États-Unis. Au Québec, par exemple, des professionnels de la justice (p. ex., policier, avocats, décideurs) ont déjà reçu des formations afin d’interpréter le comportement non verbal de tout un chacun à l’aide de notions n’ayant fait l’objet d’aucun article révisé par les pairs (Denault & Jupe, 2017; Denault, Larivée, Plouffe, & Plusquellec, 2015). Pourquoi des professionnels en situation d’autorité en viennent-ils à recourir à des notions sur le comportement humain n’ayant fait l’objet d’aucune validation scientifique, alors que la recherche sur le sujet est riche de milliers d’articles révisés par les pairs ? Quel est le rôle des chercheurs dans le développement de meilleures pratiques professionnelles ? Le dialogue entre les chercheurs et les professionnels est-il suffisant pour développer des pratiques basées sur des données probantes ? Voilà quelques-unes des questions sur lesquelles je partagerai mes réflexions et pour lesquelles je tenterai d’offrir des éléments de réponse.

Présentation Vincent Denault:

Vincent Denault est avocat et examinateur agréé en matière de fraude, membre du Barreau du Québec et de l’Association of Certified Fraud Examiners. Il détient un baccalauréat en droit de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) et une maitrise en droit de la même université où il a étudié l’impact du comportement non verbal des témoins lors de procès. Vincent Denault est également doctorant et chargé de cours au Département de communication de l’Université de Montréal, codirecteur du Centre d’études en sciences de la communication non verbale du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et auteur de l’ouvrage intitulé Communication non verbale et crédibilité des témoins publié par les Éditions Yvon Blais. Financées par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC), les recherches de Vincent Denault se concentrent principalement sur des questions liées à l’évaluation de la crédibilité, la détection du mensonge et la communication non verbale lors de procès. Vincent Denault est le premier récipiendaire du Emerging Scholar Award (2016) de la Nonverbal Division de la National Communication Association.